Le réseau Tor vient d’annoncer une refonte majeure de la sécurité de ses relais en abandonnant l’ancien mécanisme « tor1 » au profit d’un nouveau schéma baptisé Counter Galois Onion (CGO). Une mise à jour technique de fond, pensée pour renforcer l’anonymat des utilisateurs et répondre à des menaces de plus en plus sophistiquées, comme les attaques de marquage et l’analyse avancée du trafic.
Tor, un pilier historique de l’anonymat en ligne
Tor, pour The Onion Router, est un réseau superposé libre et gratuit qui permet de naviguer sur Internet de manière anonyme. Son fonctionnement repose sur un principe simple mais redoutablement efficace : le trafic est chiffré en plusieurs couches successives, puis transmis à travers une chaîne de relais répartis dans le monde entier. Aucun nœud ne connaît à la fois l’origine et la destination finale des données.
Ce modèle, opéré par plus de 7 000 relais bénévoles, est largement utilisé par des journalistes, des chercheurs, des ONG ou encore des citoyens vivant dans des pays soumis à une forte surveillance numérique. Comme le rappelle une analyse de l’CERT-FR, Tor constitue un outil d’anonymisation puissant, mais dont la sécurité dépend en permanence de la robustesse de ses mécanismes cryptographiques, comme l’explique une analyse consacrée au réseau Tor et à ses usages.
Les limites du chiffrement « tor1 »
Jusqu’à présent, les relais Tor utilisaient un schéma de chiffrement interne connu sous le nom de tor1. S’il a longtemps rempli son rôle, ce mécanisme montre aujourd’hui ses limites face à des adversaires mieux équipés et à des techniques d’attaque plus fines.
L’une des menaces les plus préoccupantes est celle des attaques de marquage. Elles consistent à modifier imperceptiblement des paquets de données afin de pouvoir les reconnaître plus loin dans le réseau. Combinées à des techniques de corrélation temporelle, ces attaques peuvent affaiblir l’anonymat global, même sans casser le chiffrement lui-même.
À cela s’ajoute la montée en puissance de l’analyse du trafic, capable d’exploiter des schémas de communication plutôt que le contenu des échanges. Dans ce contexte, conserver un chiffrement vieillissant représentait un risque stratégique pour Tor.
CGO : une réponse cryptographique de nouvelle génération
Le Counter Galois Onion (CGO) repose sur le mode Galois/Counter (GCM), une norme de chiffrement authentifié reconnue pour sa solidité et son efficacité. Contrairement à tor1, CGO intègre nativement l’authentification des données : toute modification non autorisée d’un paquet est immédiatement détectée.
Cette approche permet de bloquer efficacement les attaques de marquage et renforce la résistance du réseau face aux tentatives d’analyse du trafic. Même si un relais venait à être compromis, l’intégrité du circuit complet reste protégée, limitant fortement les possibilités de désanonymisation.
Autre avancée majeure : la modernisation de l’authentification tout au long des circuits Tor. CGO lie cryptographiquement chaque étape du parcours, ce qui rend les attaques par rejeu ou par injection de trafic nettement plus complexes à mettre en œuvre.
Une mise à jour dans un contexte de surveillance accrue
Cette évolution intervient alors que la question du traçage en ligne est plus que jamais d’actualité. Le fingerprinting, notamment, s’est imposé comme une méthode de suivi redoutable, capable de relier plusieurs sessions de navigation sans cookies ni identifiants classiques.
Des études récentes montrent que, sur ordinateur comme sur mobile, seuls Tor Browser et certaines configurations avancées de Firefox parviennent réellement à limiter ce type de traçage. Dans ce contexte, renforcer le chiffrement Tor n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Déploiement progressif et enjeux pour le réseau
Le passage à CGO s’effectue de manière progressive afin d’éviter toute rupture de service. Les opérateurs de relais sont invités à mettre à jour leur logiciel pour rester compatibles avec les nouvelles normes cryptographiques. À terme, les nœuds obsolètes seront écartés, ce qui pourrait réduire temporairement la capacité du réseau, mais au profit d’une sécurité renforcée.
Cette transition s’inscrit dans une logique déjà éprouvée par Tor, comme lors du passage des services onion v2 à v3. À chaque fois, le réseau a démontré sa capacité à évoluer sans renoncer à ses principes fondateurs.
Un signal fort pour l’avenir du chiffrement Tor
Avec l’adoption du Counter Galois Onion, le chiffrement Tor franchit une nouvelle étape. Cette refonte ne garantit pas une invulnérabilité absolue, mais elle élève significativement le niveau de protection face aux menaces actuelles et futures.
Dans un environnement numérique marqué par la surveillance de masse et la sophistication croissante des attaques, cette mise à jour confirme une chose : l’anonymat n’est jamais acquis, il se construit et se défend en permanence.



